06/10/2015

FIFA-UEFA: la chute des géants?

La fin de la Grande Guerre avait englouti, en 1918, la Prusse et l'Empire austro-hongrois, et consacré l'avènement des Etats-Unis. En sera-t-il de même ces prochaines années dans le monde du football? La FIFA, et l'UEFA dans son sillage, vont-elles survivre à la tempête médiatico-judiciaire, déclenchée par le Département de la Justice US, qui s'est abattue sur la première et va inévitablement toucher la seconde? Ces institutions existeront peut-être encore dans dix ans, mais certainement plus dans leur forme et leur gouvernance actuelle, avec d'autres types de fonctionnements et, surtout, avec un pouvoir sérieusement érodé.

Commençons par la FIFA. 40 ans de gérontocratie entre Joao Havelange et Sepp Blatter. De la Coupe du monde 1978 des colonels argentins (boycotée par un certain Johann Cruyff, si, si, les méga-stars savaient s'exprimer à l'époque...) à la désignation des pétrodollars qataris pour 2022, combien de Coupes de monde ont-elles été attribuées sans magouille? Même la vertueuse Allemagne aurait acheté l'organisation de la sienne en 2006...

C'est qu'en près de 40 ans, l'argent, le business et les intérêts économiques ont pris le pouvoir dans ce juteux marché du football estimé à quelque 300 milliards de dollars. Ils s'y sont d'autant plus confortablement installés que l'absence d'encadrement de ce marché et le peu de diligence des instances faîtières à en contrôler les flux financiers ont permis tous les excès. La règle du hors-jeu sur le terrain est mille fois plus auscultée, commentée et disséquée que la comptabilité des grands clubs, les mouvements de capitaux lors de transfert de joueurs ou l'élection des présidents de Fédérations nationales ou internationales.

Dans cet univers presque sans foi ni loi, à la gouvernance digne de Lucky Luke ou de Billy the Kid, mais où les dollars se déversent à flot, il ne fallait guère s'étonner que l'autoproclamé sheriff américain dégaine le premier. Comme d'habitude, il a brandi l'étendard fraichement amidonné de la morale internationale pour justifier son interventionnisme juridique, et surtout protéger ses intérêts économiques. Les représentants du Far West, avec cravate et lunettes cerclées, ne brandissent plus la Bible mais le code des obligations, les normes comptables internationales et la loi anti-corruption américaine. Leurs méthodes sont en revanche tout aussi expéditives: le pistolet sur la tempe, et les plumes et le goudron pour bien désigner les renégats à l'opprobre publique. Mais ne nous y trompons pas: les grandes puissances n'ont pas de principes, seulement des intérêts!

Ainsi Budweiser, Coca-Cola et Mc Donald's n'ont pas supporté que l'immense marché de la Coupe du monde 2022 leur échappe. Ils ont envoyé leurs chasseurs de primes pour chercher les actes de corruption, qui les ont forcément trouvés.  C'était trop facile, trop visible, trop évident, mais voilà, le camp d'en face croyait tellement à son immunité et son impunité...

Blatter est donc tombé. Il entrainera Platini dans sa chute. Et la suite ? Tout est à revoir à la FIFA: la gouvernance, le mode d'élection, la transparence des décisions, les liens d'intérêt. L'institution est discréditée et affaiblie, sa reconstruction s'effectuera sous la supervision du sheriff US. La prochaine cible sera l'UEFA. Les richissimes clubs européens, dont la plupart sont déjà au mains de groupes financiers internationaux, vont contester la régence de l'instance faîtière pour changer les règles, afin qu'elles soient plus favorables à leur business. Aura-t-on une Champion's League sur le modèle de la NHL ou la NBA, sorte de club fermé ou les franchises se négocient à prix d'or?

Peut-être que tout cela nous évitera au moins le ridicule de la Coupe du monde au Qatar en 2022. Mais dans ce cas, on peut miser à dix contre un que les matches se dérouleront entre New York et Los Angeles...

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03/09/2015

Economie: y a-t-il un pilote dans l'avion ?

L'économie suisse (et genevoise) ressemble à un avion confortable et performant, mais fortement secoué par les éléments extérieurs. Un Airbus A380, chargé à bloc, qui affronte de méchantes turbulences. Il maintient pour l'instant son assiette de vol, sait qu'il devra modifier son cap pour éviter les coups de foudre les plus dangereux et ignore s'il aura suffisamment de kérosène pour parvenir à son but. Cette suite de manœuvres s'annonce délicate, le pilote devra être humble, habile et expérimenté. Mais y a-t-il un pilote dans l'avion de l'économie?

Les nuages, on les connait. L'abandon du taux plancher par la BNS a précipité l'appareil dans la tourmente. Depuis 6 mois le pays oscille entre croissance et récession. Tous les secteurs souffrent! Le tourisme et l'hôtellerie voient leur fréquentation baisser drastiquement, le commerce de détail est sinistré (particulièrement vrai pour Genève, ou la Migros envisage notamment de supprimer 400 emplois), la finance et le trading effectuent des licenciements perlés pour survivre (coupes sombres avant les coupes claires?), l'horlogerie s'attend à un recul des exportations. L'information est presque passée inaperçue: Swissmem, la faîtière de l'industrie des machines, affirme que près de 45% des entreprises envisagent ou ont déjà délocalisé leurs activités à l'étranger?

Alors qu'il faut tenir ferme les commandes et trouver le cap, on ne peut plus se contenter d'une politique économique hésitante et autiste. Mais la politique économique, c'est quoi? Disons qu'en général elle s'exerce par défaut. En Suisse, elle a été essentiellement le fait de la BNS d'août 2011 à janvier 2015, avec son taux plancher qui a permis de sauver l'industrie, le tourisme et le commerce. A Genève elle est actuellement en mains du ministre des finances puisque la prospérité du canton dépendra étroitement du sort réservé à la réforme de l'imposition des entreprises (le fameux taux d'imposition à 13%). Elle n'a pas de dépositaire agréé, sa responsabilité fluctue selon les circonstances.

Car une politique économique n'est jamais un exercice en vase clos. Pour être efficace, elle doit toucher un peu à tout. Elle doit être bien plus influente que directive (regardez la France...). La politique économique, c'est à la fois le versant dynamique d'un aménagement du territoire conservateur, le pendant attractif d'une fiscalité qui tend naturellement à devenir confiscatoire,  le penchant pratique et pragmatique d'un système de formation scolaire et théorique, la partie fluide et mobile d'une politique des transports qui vise trop souvent l'étranglement. Avec, au quotidien, sur le terrain, de multiples petites interventions discrètes et efficaces pour faciliter l'activité entrepreneuriale. Et maintenir la confiance.

Le succès d'une politique économique ne se mesure que dans le temps long et ne s'accommode guère des gesticulations erratiques de l'instantanéité. Les développement réjouissants connus en Suisse et à Genève sont essentiellement le fruit de décisions et d'options judicieuses prises au début des années 2000: favoriser les nouvelles technologies pour maintenir l'activité industrielle, limiter l'endettement, contenir la fiscalité, installer des nouvelles entreprises, planifier des zones d'activité, renforcer les dessertes aériennes et ferroviaires.

Aujourd'hui, qui est encore en mesure de prendre des décisions fortes pour favoriser l'activité économique? Qui en a envie? Qui est seulement conscient de cette nécessité? Qui est prêt à braver l'impopularité momentanée et mettre en péril son avenir politique pour assurer celui du pays?

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03/08/2015

Les JO de la Jeunesse au bord du Lac... de Lausanne

Vendredi, des cris d'exclamation et de joie ont retenti à Kuala Lumpur et dans le canton de Vaud. Motif: Lausanne venait d'être désignée pour organiser les Jeux olympiques d'hiver de la Jeunesse (JOJ) en 2020. Les quoi? Les Jeux Olympiques de la Jeunesse, réservés aux athlètes de 14 à 18 ans. Mis sur pied depuis 2010 par le CIO, selon la volonté de son ancien Président Jacques Rogge, pour "former les jeunes athlètes à la compétition et à l'éducation au sport". En d'autres termes moins diplomatiques: pour tenter de restaurer l'idéal olympique de Pierre de Coubertin, passablement dévoyé depuis le temps.

Alors les JOJ à Lausanne. Bof... Ben non, pas bof! Au-delà de la condescendance de ceux qui ne jurent que par le grandeur et le clinquant, du mépris des bobos-anars pour tout ce qui porte le label olympique et de l'indifférence quasi-générale qui a salué cette nouvelle en cette veille de Fête nationale, il y a derrière la désignation de Lausanne un véritable projet politique mené à bien, en équipe, et générateur de développements et de retombées économiques bénéfiques à toute la communauté. L'effet-miroir avec Genève est cruel et révélateur, une fois de plus, de la perte d'influence de la cité de Calvin et de la montée en puissance de sa rivale lémanique.

Quelques exemples:

- On construira sur le campus de l'EPFL le village olympique, soit un millier de logements pour les athlètes, qui deviendront après 2020 des logements pour étudiants. D'ci qu'on en construise autant chez nous, il en coulera de l'eau sous les ponts.

- Les JOJ permettront de rénover la patinoire de Malley. Une belle patinoire moderne pour le LHC, avec loges et tout et tout. A Genève, la vieille croûte des Vernets est condamnée à dépérir lentement depuis que le toit est un monument protégé interdisant toute rénovation d'envergure. Quant au projet de nouvelle patinoire au Bachet, il est encore dans les limbes, la maîtrise foncière de tous les terrains n'étant toujours pas acquise. Le GSHC, lui, peut attendre!

- Les JOJ vont constituer un moteur touristique sans pareil. Un millier d'athlètes du monde entier, dont bon nombre avec leurs familles, et 500 officiels viendront dans la région. Tout ce beau monde va découvrir les rives conviviales du lac, les plages d'Ouchy, les stations de Leysin, Villars et des Diablerets (épreuves de ski et de snowboard) et la Vallée de Joux (épreuves de ski nordique). Des futurs touristes en perspective, plutôt bienvenus. A Genève, la Rade n'est pas conviviale et la future plage vient d'être... sauvée des eaux. Mais d'ici à ce qu'elle soit construite...

- Les JOJ utiliseront et feront connaitre le centre de Congrès de l'EPFL, payé en bonne partie par la Confédération. Les congrès, n'est-ce pas la manne de l'hôtellerie et du tourisme d'affaires de Genève? Attention, la concurrence se développe alors que le dernier agrandissement de Palexpo date déjà du début des années 2000.

- Enfin la candidature des JOJ a permis de fédérer autour d'un projet le canton de Vaud, la Ville de Lausanne, les milieux touristiques et sportifs. Les conseillers d'Etat Broulis et Leuba, le syndic Brélaz, ont joué en équipe, personne n'a tiré la couverture à lui. Leurs services sportifs et immobiliers, motivés, ont été au diapason. Canton et Ville n'ont pas hésité à débourser 8 millions chacun. Au fait, quel a été le dernier grand événement populaire à Genève? Les réceptions d'Alinghi en 2003 et 2007, l'Euro 2008? Certainement pas la commémoration élitiste, évanescente et invisible de l'entrée du canton dans la Confédération...

Le succès de Lausanne, ses perspectives de développement nous replongent cruellement dans la léthargie genevoise qui sévit depuis deux ans. Il y a urgence: il faut ouvrir ces paupières lasses et lever le nez des lignes comptables, des rapports de suivi des recommandations de la Cour des comptes et des indicateurs de prestations. L'encouragement aux manifestations, la promotion, la facilitation sont des termes qui ont pratiquement disparu de l'univers de l'administration. La priorité aujourd'hui: faire payer l'utilisation du domaine public et les frais de sécurité. Il faut une débauche d'énergie hors du commun de bénévoles passionnés pour organiser des championnats d'Europe de triathlon.

La notoriété de Genève est-elle immuable? Non elle se travaille, et c'est Lausanne aujourd'hui qui nous montre comment! Elle va succéder à Innsbruck et Lillehammer, organisatrices des JOJ d'hiver de 2012 et 2016. Elle côtoie Singapour, Nankin et Buenos-Aires (villes organisatrices des JOJ d'été en 2010, 2014 et 2018). Elle a accueilli la conférence sur le nucléaire iranien et le Secrétaire d'Etat américain John Kerry. Elle a déjà déposé, Conseil d'Etat in corpore, son projet de loi sur la fiscalité des entreprises.

A ceux qui se gargarisent encore avec le "lac de Genève", je conseillerai un brin de recul et la consommation de nombreuses boissons énergisantes pour retrouver un brin de dynamisme. Il ne faudrait pas qu'on dise, dans quelques années, que les Jeux olympiques de la Jeunesse ont été organisés en 2020 au bord du lac de Lausanne.

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