03/08/2015

Les JO de la Jeunesse au bord du Lac... de Lausanne

Vendredi, des cris d'exclamation et de joie ont retenti à Kuala Lumpur et dans le canton de Vaud. Motif: Lausanne venait d'être désignée pour organiser les Jeux olympiques d'hiver de la Jeunesse (JOJ) en 2020. Les quoi? Les Jeux Olympiques de la Jeunesse, réservés aux athlètes de 14 à 18 ans. Mis sur pied depuis 2010 par le CIO, selon la volonté de son ancien Président Jacques Rogge, pour "former les jeunes athlètes à la compétition et à l'éducation au sport". En d'autres termes moins diplomatiques: pour tenter de restaurer l'idéal olympique de Pierre de Coubertin, passablement dévoyé depuis le temps.

Alors les JOJ à Lausanne. Bof... Ben non, pas bof! Au-delà de la condescendance de ceux qui ne jurent que par le grandeur et le clinquant, du mépris des bobos-anars pour tout ce qui porte le label olympique et de l'indifférence quasi-générale qui a salué cette nouvelle en cette veille de Fête nationale, il y a derrière la désignation de Lausanne un véritable projet politique mené à bien, en équipe, et générateur de développements et de retombées économiques bénéfiques à toute la communauté. L'effet-miroir avec Genève est cruel et révélateur, une fois de plus, de la perte d'influence de la cité de Calvin et de la montée en puissance de sa rivale lémanique.

Quelques exemples:

- On construira sur le campus de l'EPFL le village olympique, soit un millier de logements pour les athlètes, qui deviendront après 2020 des logements pour étudiants. D'ci qu'on en construise autant chez nous, il en coulera de l'eau sous les ponts.

- Les JOJ permettront de rénover la patinoire de Malley. Une belle patinoire moderne pour le LHC, avec loges et tout et tout. A Genève, la vieille croûte des Vernets est condamnée à dépérir lentement depuis que le toit est un monument protégé interdisant toute rénovation d'envergure. Quant au projet de nouvelle patinoire au Bachet, il est encore dans les limbes, la maîtrise foncière de tous les terrains n'étant toujours pas acquise. Le GSHC, lui, peut attendre!

- Les JOJ vont constituer un moteur touristique sans pareil. Un millier d'athlètes du monde entier, dont bon nombre avec leurs familles, et 500 officiels viendront dans la région. Tout ce beau monde va découvrir les rives conviviales du lac, les plages d'Ouchy, les stations de Leysin, Villars et des Diablerets (épreuves de ski et de snowboard) et la Vallée de Joux (épreuves de ski nordique). Des futurs touristes en perspective, plutôt bienvenus. A Genève, la Rade n'est pas conviviale et la future plage vient d'être... sauvée des eaux. Mais d'ici à ce qu'elle soit construite...

- Les JOJ utiliseront et feront connaitre le centre de Congrès de l'EPFL, payé en bonne partie par la Confédération. Les congrès, n'est-ce pas la manne de l'hôtellerie et du tourisme d'affaires de Genève? Attention, la concurrence se développe alors que le dernier agrandissement de Palexpo date déjà du début des années 2000.

- Enfin la candidature des JOJ a permis de fédérer autour d'un projet le canton de Vaud, la Ville de Lausanne, les milieux touristiques et sportifs. Les conseillers d'Etat Broulis et Leuba, le syndic Brélaz, ont joué en équipe, personne n'a tiré la couverture à lui. Leurs services sportifs et immobiliers, motivés, ont été au diapason. Canton et Ville n'ont pas hésité à débourser 8 millions chacun. Au fait, quel a été le dernier grand événement populaire à Genève? Les réceptions d'Alinghi en 2003 et 2007, l'Euro 2008? Certainement pas la commémoration élitiste, évanescente et invisible de l'entrée du canton dans la Confédération...

Le succès de Lausanne, ses perspectives de développement nous replongent cruellement dans la léthargie genevoise qui sévit depuis deux ans. Il y a urgence: il faut ouvrir ces paupières lasses et lever le nez des lignes comptables, des rapports de suivi des recommandations de la Cour des comptes et des indicateurs de prestations. L'encouragement aux manifestations, la promotion, la facilitation sont des termes qui ont pratiquement disparu de l'univers de l'administration. La priorité aujourd'hui: faire payer l'utilisation du domaine public et les frais de sécurité. Il faut une débauche d'énergie hors du commun de bénévoles passionnés pour organiser des championnats d'Europe de triathlon.

La notoriété de Genève est-elle immuable? Non elle se travaille, et c'est Lausanne aujourd'hui qui nous montre comment! Elle va succéder à Innsbruck et Lillehammer, organisatrices des JOJ d'hiver de 2012 et 2016. Elle côtoie Singapour, Nankin et Buenos-Aires (villes organisatrices des JOJ d'été en 2010, 2014 et 2018). Elle a accueilli la conférence sur le nucléaire iranien et le Secrétaire d'Etat américain John Kerry. Elle a déjà déposé, Conseil d'Etat in corpore, son projet de loi sur la fiscalité des entreprises.

A ceux qui se gargarisent encore avec le "lac de Genève", je conseillerai un brin de recul et la consommation de nombreuses boissons énergisantes pour retrouver un brin de dynamisme. Il ne faudrait pas qu'on dise, dans quelques années, que les Jeux olympiques de la Jeunesse ont été organisés en 2020 au bord du lac de Lausanne.

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06/07/2015

Dans "la mère de toutes les batailles", dopez la com', svp

Le Temps du mardi 30 juin tentait de nous indiquer combien de "communicants" possédait l'Etat de Genève, hors régies autonomes (SIG, TPG, AIG), suite à une question posée par la commission des Finances. 35 répond le Gouvernement, en préconisant un subtil distinguo qu'il conviendrait de faire entre chargés de communication, pour la communication institutionnelle, et collaborateurs personnels, pour la communication politique...

Un bel écran de fumée que tout cela. Toute communication des autorités a une implication politique. La baisse du taux de chômage? Cela indique que le ministre de l'Emploi travaille bien. La hausse des cambriolages? Cela prouve que le Ministre de la Sécurité travaille mal. La stagnation des demandes d'autorisation de construire: mais que fait le ministre du logement? Etc, etc... Dans tous les Départements, la communication, quelle qu'elle soit, n'est jamais libre. Elle est plus ou moins contrôlée et verrouillée en fonction de la personnalité et des intérêts du magistrat.

Alors finalement peu importe que les communicants soient 35 ou plus probablement 60, peu importe qu'ils soient collaborateurs personnels, secrétaires adjoints, chargés de com ou n'importe quoi d'autre. Ce qui compte, c'est que la communication se base sur des actes sérieux et de tangibles, et que l'envie de communiquer subsiste même si les nouvelles sont mauvaises. On en est loin...

Traversons la Versoix. L'édition de 24 Heures du lendemain nous révèle le plan d'attaque du Conseil d'Etat vaudois sur le projet de réforme de l'imposition des entreprises avec réduction du taux à 13,7%. Principes bien posés, feuille de route crédible, accord équilibré entre compétitivité économique et progrès social, échéancier balisé jusqu'à l'entrée en vigueur de ce taux, en fonction de l'avancement du projet fédéral sur l'abandon des statuts fiscaux spéciaux qui constitue le socle de cette réforme. Travail et communication remarquables: présence du Conseil d'Etat in corpore et qu'on sent soudé comme les doigts de la main. C'est maîtrisé et cela nous laisse penser que l'inévitable référendum sur cette réforme sera remporté haut la main par les autorités vaudoises.

La réforme de l'imposition des entreprises, c'est "la mère de toutes les batailles". Du résultat de cette votation (car il y aura aussi réferendum à Genève, c'est certain) dépendra l'avenir économique de notre canton. Il peut aller d'une nouvelle dynamique en cas de succès, grâce à une baisse dîmposition de toutes les entreprises et PME qui leur donnera un ballon d'oxygène bienvenu, à un effondrement financier du canton en cas d'échec, avec le départ des multinationales,  la perte de plusieurs dizaines de milliers d'emplois, y compris dans toutes les PME qui commercent avec ces multis, et l'affaissement du rôle international de Genève.

Mais sur ce dossier-là, en terme de com, c'est le néant. On navigue à vue. Qui pilote le dossier? Le Président, le chef des Finances? Quel échéancier? On scrute l'horizon mais on ne voit rien. Le Gouvernement est-il uni, consulte-t-il les partis, les milieux économiques et sociaux, les entreprises? Mystère et boule de gomme. Le taux d'imposition de 13% a été évoqué il y a 4 ans déjà. Depuis plus rien.

La mère de toutes les batailles nécessite un engagement sans faille et une communication pointue et convaincante. Si on veut la gagner.

15:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

25/06/2015

Federer: 86. Et 34! Et 18?

Dans l'avalanche de chiffres, des statistiques et de records qui parsèment la carrière de Roger Federer, j'en ressors trois pour mieux situer sa stature... et pour démontrer qu'il va gagner le tournoi de Wimbledon, qui commence la semaine prochaine!

86, d'abord. Soit le nombre de tournois ATP remportés au cours de sa carrière, en un peu plus de 15 ans maintenant. Soit en moyenne 6 titres chaque année, bon an mal an, pour un sportif qui n'a pas particulièrement cherché à "courir le cachet", comme l'on fait ses deux seuls prédécesseurs dans ce classement, Connors (109 titres) et Lendl (94), et qui a toujours accordé au moins autant d'importance à ses victoires qu'à ses phases de récupération. Son 86e titre, il l'a gagné dimanche à Halle, sur gazon. Il est donc en forme et prêt pour le défi. Comme d'habitude.

34, ensuite. Ce sera son âge, au mois d'août prochain. Respectable, pour ne pas dire canonique pour un tennisman de haut niveau. Surtout que Federer y est toujours resté, au haut niveau. Alors que bon nombre d'observateurs prédisaient comme inéluctable son déclin en 2011, il est redevenu no1 mondial l'année suivante, a gagné Wimbledon dans la foulée et reste encore à ce jour... le deuxième meilleur joueur du monde! Depuis son ascension il n'a jamais quitté les sommets.

Alors 18, enfin. Soit ce 18e titre du Grand Chelem après lequel il court depuis 3 ans. Peut-il encore le gagner? La raison plaide froidement pour le non, mais le cœur nous crie oui. Alors écoutons le cœur.

Le cœur nous susurre ainsi que Wimbledon est sans doute la levée du Grand Chelem la plus à sa portée. Pourquoi? Parce que sur gazon la technique prime, la variété du service compte, la volée redevient une arme redoutable et les échanges sont en principe raccourcis. Donc sur cette surface Federer a une petite chance de sortir vainqueur d'un combat en cinq manches contre des matraqueurs comme Djoko, Nadal, Stan ou Murray. Ce qui n'est à l'évidence plus le cas à Roland-Garros. D'ailleurs n'a-t-il pas perdu l'an dernier la finale de Wimbledon en 5 sets contre Djoko, 6-4 au 5e...

Bon, Roger peut aussi perdre en trois sets contre un lance-mines au service comme Cilic, Karlovic, Isner ou un joueur en état de grâce comme Tsonga, Stakhovski ou Kyrgios. Mais peu importe! Lui, il est convaincu qu'il peut gagner. Et moi, et beaucoup d'autres, on veut absolument croire qu'il va gagner. Pourquoi? Parce que sa victoire défierait la logique, l'entendement, les pronostics, les avis autorisés des experts. Et aussi parce que Roger Federer incarne une Suisse décomplexée, décontractée, inventive, internationale, humble et humaine et qu'on l'aime pour tout cela et pour tout le reste.  

17:40 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |