21/02/2017

Développement économique: le pacte rompu

"...La plus importante réforme fiscale des 50 dernières années...". "...Les bases du développement économique pour les deux décennies à venir...". "...La mère de toutes les batailles (Longchamp dixit)...". Telles sont les  considérations majeures qui sortaient de la bouche des principaux partisans, des leaders de la campagne sur la votation RIE III. Vu l'ampleur de la défaite, ils ont mené campagne comme de véritable sapajous, avec un dilettantisme coupable et un sens politique atrophié. Et pour la première fois depuis très, très, très longtemps, la droite et les milieux économiques perdent lamentablement une votation sur un sujet économique et fiscal.

J'espère que le reportage du TJ de dimanche soir tourné à l'occasion du loto de l'UDC à Weinfelden aura ouvert les yeux et débouché les oreilles de nos autorités fédérales et cantonales. On y a entendu ce qu'on pressentait depuis plusieurs semaines, à savoir que l'électorat conservateur de base n'avait aucune envie de signer un chèque en blanc aux entreprises internationales après avoir subi le camouflet de la non-concrétisation volontaire et anti-constitutionnelle par les Chambres Fédérales (PLR et PS) de l'initiative sur l'immigration de masse, en décembre dernier. "RIE III miné par la trahison sur l'immigration", titre (hélas) prémonitoire de mon blog du 9 janvier. Et vu l'ampleur du rejet, n'importe quel étudiant de 1re année de Science po distingue bien que ce refus dépasse largement la sphère d'influence des référendaires. Qui eux, on su mener campagne...

Que nos grands stratèges économiques, par ailleurs rompus au langage financier, aient pu à ce point ignorer le "sous-jacent" migratoire dans cette votation m'effare au plus haut point. Alors il faut leur expliquer, encore une fois. Dans l'opinion publique, "l'international bashing" se répand comme une trainée de poudre. En langage popu, ça donne ceci: "pourquoi faire venir ou conserver des entreprises étrangères si celles-ci n'engagent plus de travailleurs locaux, préférant se servir sur l'entier du marché européen en l'absence de toute régulation des permis de travail". En fait, depuis 5 ou 6 ans, c'est le pacte tacite du développement économique du pays qui a été rompu. Celui qui voulait qu'on accepte des instruments fiscaux spécifiques et compétitifs pour les entreprises étrangères vu que celles-ci engageaient un nombre important de travailleurs locaux dans les nouveaux postes créés. Mais la libre circulation sans entrave ni régulation a érodé ce pacte, pour finir par le faire disparaitre. Puis il y a eu le 9 février 2014 (initiative sur l'immigration de masse). Puis la trahison des Chambres fédérales, puis la cacade du 12 février 2017 sur RIE 3.

Et maintenant? Va-t-on proposer rapidement une RIE IV pour stabiliser l'environnement économique du pays? Je n'y crois pas une seconde. Pour 5 raisons au moins:

1. Le conseiller fédéral UDC Ueli Maurer, responsable des Finances, est totalement incapable de mener une telle réforme.

2. La pression mise par l'OCDE sur la Suisse l'obligeant à abandonner ses statuts fiscaux en 2019 est un contre-argument qui braque totalement l'opinion publique.

3. Les partisans de la réforme doivent encore régler leurs comptes sur les responsabilités de la défaite. EconomieSuisse (qui a tant lutté pour vider de sa substance l'initiative sur l'immigration de masse) n'est plus crédible.

4. Les gagnants de la votation (la gauche et les syndicats), dopés par leur succès, vont faire monter les enchères au point de rendre un futur projet non compétitif pour l'économie suisse.

5. Et surtout, surtout, il n'y a toujours pas de conscience ni de volonté de vouloir préalablement re-réguler le marché du travail, ce qui plombera toujours plus les RIE IV, V, VI ,etc...

08:12 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

03/02/2017

RIE 3 EXCELLENT POUR LES COMMUNES

Selon l'Office cantonal de la statistique (publication du 1er février 2017), les communes genevoises tirent 71% de leurs recettes fiscales avec l'impôt sur le REVENU des personnes physiques.

- Donc ce qui est important pour les communes, et en premier lieu pour la Ville de Genève et les grandes communes suburbaines, ce n'est pas de taxer fortement les entreprises, mais bien d'avoir beaucoup d'EMPLOIS pour avoir d'importants impôts sur le REVENU.

- Donc il faut défendre les EMPLOIS, dans les multis, dans les PME, chez les indépendants, partout, pour avoir davantage de recettes fiscales.

- Donc il ne faut pas que les multis partent parce qu'il y aura beaucoup moins d'EMPLOIS. Exemple vécu: la fermeture de Merck-Serono en 2012, 1200 emplois détruits, 70 millions de recettes fiscales perdues chaque année. Pour une seul multi!

- Donc il faut voter OUI à RIE 3 pour défendre l'EMPLOI, et donc préserver les recettes fiscales

CQFD

Maintenant je ne sais pas ce que fichent les partisans de cette réforme, les Départements de l'Economie et autres organisations faîtières incapables d'aligner des arguments simples et percutants et qui courent le risquent de nous foirer cette votation.

Bon, il est vrai qu'ils ne se sont guère mobilisés pour que les emplois bénéficient en priorité aux Suisses ou aux résidents...

17:34 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

09/01/2017

RIE III miné par la trahison sur l'immigration

Je suis favorable sans la moindre réserve à la réforme sur l'imposition des entreprises, plus connue sous le nom de RIE III, soumise en votation fédérale le 12 février. J'y suis favorable depuis toujours, parce qu'une fiscalité modérée est l'élément LE PLUS IMPORTANT pour conserver et développer l'emploi. Presque deux décennies de pratique de cet instrument, dans le cadre d'une promotion économique efficace et dynamique, m'ont convaincu depuis longtemps de sa pertinence. Et je serai bien entendu également largement favorable au taux d'imposition genevois de 13,49% lorsqu'il nous sera enfin soumis en votation cantonale.

Le danger de délocalisation de nombreux emplois liés au secteur international, et par effet de domino de disparition de nombreux emplois locaux liées aux services et à la sous-traitance, est bien réel. J'en veux pour preuve la fermeture traumatisante de Merck-Serono, en 2012, où nous entendîmes les opposants éternels et viscéraux aux multinationales (en gros la gauche dogmatique) venir pleurer misère et nous sommer de sauver un bistrot, un traiteur ou une crèche qui voyait ses clients partir sous d'autres cieux. Ce danger de délocalisation est infiniment plus fort qu'une perte des recettes pour l'Etat, qu'elle se chiffre à 300 ou 500 millions. Bon, il est vrai que les estimations farfelues du très incompétent conseiller fédéral Merz lors de la précédente réforme (RIE II), ne facilitent pas la tâche des partisans.

Longtemps j'ai cru que la réforme RIE III allait être largement gagnante dans les urnes, voire plébiscitée comme ce fut le cas dans le canton de Vaud (+ de 80% de oui). Mais si Vaud a su habilement saisir l'instant politique favorable, la Confédération et Genève, par leurs incompréhensibles atermoiements, voient aujourd'hui leur "marge de sécurité" se réduire dangereusement.

Les premiers sondages sur RIE III viennent en effet de sortir. Et ils ne sont pas bons! Certes, on sait ce que valent les sondages, mais tout de même: sur les questions économiques et fiscales, les Suisses (et même les Genevois) ont toujours préféré l'approche compétitive à la vision étatiste. Alors pourquoi voit-on soudain poindre le risque d'un verdict négatif le 12 février?

Je crains hélas que RIE III soit minée par la trahison des Chambres fédérales sur l'immigration de masse survenue en fin d'année dernière. Cette non-application délibérée de l'initiative acceptée par le peuple le 9 février 2014 passe mal, très mal, et surtout en Suisse-allemande. Le refus obstiné (mortifère?) de remettre en place des contingents pour les travailleurs étrangers, autrement dit de re-réguler le marché de l'emploi, risque de devenir une erreur historique. Ce n'est pas le même sujet? Allons, restons sérieux. Le lien entre économie et emploi est organique: les électeurs le voient, le ressentent, le vivent chaque jour. Il n'y a d'ailleurs que Genève qui l'a brisé en répartissant ces deux politiques publiques dans deux Départements différents. Pour un résultat très médiocre.

Le lien entre économie et emploi s'est d'ailleurs longtemps matérialisé par un consensus informel en matière d'arrivée d'entreprises étrangères pourvoyeuses d'emplois. Leur installation était facilité, et en contrepartie elles engageaient 50% de leur personnel localement. Tout le monde y gagnait. Mais ce consensus s'est étiolé, comme s'est étiolée la fibre sociale de nombre d'entreprises locales devant les facilités sans limites ni contrôles octroyées par la libre circulation des personnes. Aujourd'hui la contrepartie n'existe plus, le marché de l'emploi est devenu une jungle sans foi ni loi ou de plus en plus de résidents restent sur le carreau, confrontés à une concurrence innombrable et sauvage.

Re-réguler le marché de l'emploi avec la remise en place de contingents, accepter RIE III afin de favoriser le développement des emplois en diminuant au passage la charge fiscale des entreprises locales, c'était le scénario idéal pour conjuguer harmonieusement dans les dix années à venir développement économique et protection sociale. La seule formule qui marche dans ce pays. Au lieu de cela les Chambres fédérales, inexplicablement soutenues par les ministres de l'économie, ont préféré l'aplaventrisme devant l'Union européenne, quitte à attiser le feu du mécontentement populaire. Espérons que les électeurs bernés ne se vengent pas sur RIE III!

17:33 Publié dans Genève | Tags : rie iii, immigration de masse, développement économique, emploi | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |