Economie genevoise: l'année de tous les dangers

En période d'incertitude et de tensions géo-politiques, l'économie genevoise avait pris l'habitude de s'appuyer sur des "fondamentaux", les fameuses conditions-cadres, solides, lui permettant d'encaisser les futurs chocs conjoncturels. Est-ce encore le cas aujourd'hui, alors qu'une guerre commerciale atypique s'instaure entre les Etats-Unis et la Chine, que l'Europe s'enlise dans des conflits institutionnels (Brexit), migratoires (Italie, Autriche, Hongrie, Pologne, République tchèque), sociaux (France) et souverainistes (la moitié des pays environ) qui affaiblissent sa construction, la stabilité de sa monnaie et sa crédibilité?

Dans ce contexte tourmenté, l'économie genevoise doit pouvoir compter sur un soutien politique sans faille pour maintenir la tête hors de l'eau. Or ce soutien est nettement moins efficace en ce début d'année 2019 qu'il ne le fut lors des crises précédentes (1990-1997, 2001, 2008-2009). Alors que la sagesse commanderait, avec de telles incertitudes, de contenir les dépenses de l'Etat et de renforcer le pouvoir d'achat des habitants et la compétitivité des entreprises, on a assisté en décembre dernier à trois décisions pour le moins inquiétantes, dans l'ordre croissant de gravité suivant:

1. Le budget de l'Etat 2019 a été voté avec une hausse importante des dépenses, même s'il n'est pas déficitaire. En fait, les partis proches des milieux économiques ont été proprement laminés sur ce sujet, le budget voté étant clairement l'œuvre des partis de gauche et ayant même été accepté, pour la première fois depuis plusieurs décennies, par l'extrême-gauche.

2. Le Parlement genevois a accepté une hausse importante des valeurs locatives, qui aura pour effet d'augmenter sensiblement les impôts des propriétaires. Là aussi les partis traditionnellement opposés aux hausses d'impôts (PLR, PDC, UDC) sont restés inaudibles alors que toute une classe de la population qui compose pourtant la majorité de leur électorat attendait une réaction. Comment ces propriétaires réagiront-ils, en mai 2019, lorsqu'on leur demandera de baisser l'imposition des bénéfices des entreprises? Assez mal, je le crains.

3. La gauche, alliée au MCG pour l'occasion, a également imposé une recapitalisation de la caisse de pension des fonctionnaires (la CPEG) onéreuse et qui ne remet en cause aucun des privilèges ancestraux (cotisations, primauté des prestations). Certes, une autre loi a également été adoptée et deux référendums seront inévitables. Mais aucune solution ne se dessine et le budget de l'Etat risque d'être fortement sollicité. Là aussi, PLR, PDC et UDC se sont égosillés dans le vide.

Ne nous le cachons pas, cet affaiblissement du centre et de la droite est une conséquence directe et nocive de l'Affaire Maudet qui est appelée à s'éterniser, en dépit d'une rupture de confiance totale de la population, des partis et de l'ensemble des institutions envers ce Magistrat. De fait, tout indique que le Gouvernement devra fonctionner de manière boiteuse à 6, son 7e membre ne disposant plus de la crédibilité nécessaire pour poursuivre son action. Or Maudet reste, théoriquement, encore en charge du Département de l'Economie. Ou de ce qu'il en reste...

Mais l'année de tous les dangers pour l'Economie genevoise se jouera principalement le 19 mai. C'est à cette date que sera soumis en votation populaire la RFFA (réforme fiscale et financement de l'AVS), soit la nouvelle fiscalité des entreprises. Le taux d’imposition actuel se situe autour de 24%, s'il devait être maintenu, ce serait la catastrophe intégrale. Les travaux parlementaires sur le projet cantonal proposent un taux de 13,99%, sans doute appelé à monter vu que la gauche à le vent en poupe et va faire de la surenchère. Petit rappel: le canton de Vaud applique déjà, lui, un taux de 13,79% au 1er janvier 2019 pour l'imposition des entreprises. Pas besoin d'un doctorat en maths pour comprendre ce qui arrivera si Genève rate ce rendez-vous...

 

Lien permanent Pin it! 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.