03/09/2015

Economie: y a-t-il un pilote dans l'avion ?

L'économie suisse (et genevoise) ressemble à un avion confortable et performant, mais fortement secoué par les éléments extérieurs. Un Airbus A380, chargé à bloc, qui affronte de méchantes turbulences. Il maintient pour l'instant son assiette de vol, sait qu'il devra modifier son cap pour éviter les coups de foudre les plus dangereux et ignore s'il aura suffisamment de kérosène pour parvenir à son but. Cette suite de manœuvres s'annonce délicate, le pilote devra être humble, habile et expérimenté. Mais y a-t-il un pilote dans l'avion de l'économie?

Les nuages, on les connait. L'abandon du taux plancher par la BNS a précipité l'appareil dans la tourmente. Depuis 6 mois le pays oscille entre croissance et récession. Tous les secteurs souffrent! Le tourisme et l'hôtellerie voient leur fréquentation baisser drastiquement, le commerce de détail est sinistré (particulièrement vrai pour Genève, ou la Migros envisage notamment de supprimer 400 emplois), la finance et le trading effectuent des licenciements perlés pour survivre (coupes sombres avant les coupes claires?), l'horlogerie s'attend à un recul des exportations. L'information est presque passée inaperçue: Swissmem, la faîtière de l'industrie des machines, affirme que près de 45% des entreprises envisagent ou ont déjà délocalisé leurs activités à l'étranger?

Alors qu'il faut tenir ferme les commandes et trouver le cap, on ne peut plus se contenter d'une politique économique hésitante et autiste. Mais la politique économique, c'est quoi? Disons qu'en général elle s'exerce par défaut. En Suisse, elle a été essentiellement le fait de la BNS d'août 2011 à janvier 2015, avec son taux plancher qui a permis de sauver l'industrie, le tourisme et le commerce. A Genève elle est actuellement en mains du ministre des finances puisque la prospérité du canton dépendra étroitement du sort réservé à la réforme de l'imposition des entreprises (le fameux taux d'imposition à 13%). Elle n'a pas de dépositaire agréé, sa responsabilité fluctue selon les circonstances.

Car une politique économique n'est jamais un exercice en vase clos. Pour être efficace, elle doit toucher un peu à tout. Elle doit être bien plus influente que directive (regardez la France...). La politique économique, c'est à la fois le versant dynamique d'un aménagement du territoire conservateur, le pendant attractif d'une fiscalité qui tend naturellement à devenir confiscatoire,  le penchant pratique et pragmatique d'un système de formation scolaire et théorique, la partie fluide et mobile d'une politique des transports qui vise trop souvent l'étranglement. Avec, au quotidien, sur le terrain, de multiples petites interventions discrètes et efficaces pour faciliter l'activité entrepreneuriale. Et maintenir la confiance.

Le succès d'une politique économique ne se mesure que dans le temps long et ne s'accommode guère des gesticulations erratiques de l'instantanéité. Les développement réjouissants connus en Suisse et à Genève sont essentiellement le fruit de décisions et d'options judicieuses prises au début des années 2000: favoriser les nouvelles technologies pour maintenir l'activité industrielle, limiter l'endettement, contenir la fiscalité, installer des nouvelles entreprises, planifier des zones d'activité, renforcer les dessertes aériennes et ferroviaires.

Aujourd'hui, qui est encore en mesure de prendre des décisions fortes pour favoriser l'activité économique? Qui en a envie? Qui est seulement conscient de cette nécessité? Qui est prêt à braver l'impopularité momentanée et mettre en péril son avenir politique pour assurer celui du pays?

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